PYTHAGORE
et l’origine de la psychologie
transpersonnelle
Professeur à l’Université de Mons
Brève définition de l’approche transpersonnelle
Un domaine nouveau ne peut se définir avec précision lorsqu’il se crée. Or
le domaine du " transpersonnel " tel qu’on le conçoit
depuis quelque vingt ans est nouveau. Il est donc évident que de nombreuses
définitions se juxtaposent se complémentarisent, voire s’opposent sur certains
points.
Il nous apparaît par conséquent nécessaire de décrire ce que nous estimons
être le champ du transpersonnel, sans que notre
" définition " (qui n’est ni meilleure ni moins bonne, ni
moins ni plus transitoire que n’importe quelle autre) n’ait d’autre but que de
clarifier nos positions de départ et les buts de cet article.
Nous définirons ce champ par une série de
" postulats ", de conventions de départ, qui proviennent de
constatations personnelles, les unes faites à partir d’expérientiels dont les
moments méditatifs ne sont nullement minoritaires, d’autres à partir de
lectures, d’autres encore à partir d’observations aussi rigoureuses que
possible ou même d’expérimentations de laboratoire ayant entraîné une série de
conséquences théoriques ou dépassant le cadre expérimental prévu.
Nous comprenons que pour certains lecteurs, ces propositions paraîtront
sujettes à discussions. Nous les laissons toutefois à leurs considérations et
n’entreront aucunement ici dans une quelconque polémique.
A) A partir de certains états de conscience modifiées, il est possible
d’obtenir des éléments fondamentaux de connaissance de l’homme et de l’univers.
Les structures essentielles liées à la constitution de l’univers sont
immédiatement accessibles à l’esprit humain, grâce à l’existence dans sa psychê
d’archétypes préalables à toute expérience personnelle, dynamisant son corps et
sa pensée, reflets synchroniques des lois fondamentales physico-chimiques(1).
Mais pour que ces structures lui soient accessibles mentalement, il faut qu’il
parvienne à se placer dans un état de conscience qui le dégage à la fois de ses
problèmes personnels et des préalables issus de savoirs et d’analyse
rationnelle.
Le transpersonnel a le Réel pour objet de connaissance privilégié et non la
réalité. Par Réel, nous entendons l’univers tel qu’il existe en dehors de toute
captation signifiante d’origine humaine. La réalité est ce que l’homme perçoit
en analysant et construisant des discours (scientifiques ou non) à partir des
clés sensorielles dites " objectives "; cette réalité peut
correspondre à un aspect très utilitaire, mais elle ne permet pas de saisir ni
les causes ni les finalités des phénomènes. (2)
Il s’agit donc d’un univers inévitablement " caché ",
implicite, dont les lois et les principes formateurs des objets naturels ne
peuvent être " connus " que d’une manière
" immédiate " et intérieure,- ou au moyen d’intermédiaires
symboliques qui ne peuvent jamais être que des supports de passage.
B) Il existe dans l’univers une structure et un dynamisme organisateur qui
ont procédé (et procèdent encore) avec " finalité " et
" intelligence ". (3)
La nature n’est pas le fruit du hasard ou de lois issues du hasard. Elle
représente par ses manifestations des indications qui permettent d’inférer les
structures et dynamismes sous-jacents. La nature est un livre déjà écrit ; (4)
la seule tâche consiste à déchiffrer son langage,- ce que l’homme peut faire,
car il est, lui aussi, partie issue de la nature et possède en lui ces
archétypes, témoins " sacrés " enfouis en une psychê
capable de conscience et de réflexion.
L’homme étant un élément d’une nature qui le précède et le dépasse, il a
des devoirs envers elle qui est la représentation visible la plus indiscutable
du " Divin ". (5)
Toute approche transpersonnelle doit, elle aussi,
d’une manière ou l’autre, intégrer une dimension écologique
" sacrée ", c’est-à-dire un respect de la nature en tant
que telle et non dans la seule perspective de la préservation de notre
bien-être personnel.
C) Ainsi que vraisemblablement de nombreux êtres (voire tous les êtres) ou
objets naturels, l’homme est constitué d’une partie matérielle dite
" grossière " et d’une partie dite
" subtile ", cette dernière étant préalable à la partie
matérielle et lui survivant dans une certaine mesure.
De la même manière, il existe une énergie dite " subtile "
qui est fondamentale à la vie et est liée au corps dit
" subtil ".
On peut même penser que cette énergie et cette structure
" subtiles " ne sont que deux aspects de la même chose. (6)
Sans qu’on puisse généraliser, face à l’évolution de cette partie
" subtile " de l’être qui survit à la mort physique,
plusieurs groupes appartenant à la psychologie transpersonnelle reprennent
positivement l’hypothèse de la réincarnation comme la plus explicative de
certains faits constatés (7) ou des vécus personnels issus d’états non
ordinaires de conscience (8) voire même comme système logique lié à la
survivance d’un support " subtil " de conscience. La
valorisation des enseignements orientaux dans les diverses écoles
transpersonnelles a augmenté l’impact de l’hypothèse réincarnationiste.
D) Le Moi de l’Homme, son " Ego ", ne peut être limité
" à sa seule peau " et ne peut faire l’objet du seul souci
existentiel. Sa constitution est nécessaire à la formation de l’homme conscient
et équilibré; son dépassement est nécessaire à l’accès aux structures
fondamentales de l’homme et de l’univers.
Le corps et le psychisme de l’homme recèlent en leurs structures propres un
analogue de l’univers. La seule analyse rationnelle (par exemple, par la
description scientifique minutieuse, par l’analyse du discours ou par
l’approche réductrice psychanalytique), bien qu’elle aussi soit nécessaire, est
toujours insuffisante.
E) Les informations provenant du monde sont accessibles, dans certaines
circonstances, à des modes " extrasensoriels " qu’il y a
lieu d’aborder d’une manière positive et rationnelle.
F) La science, dans une perspective transpersonnelle, doit pouvoir
s’appuyer sur l’intuition et la méditation préalables et essentielles à
toute approche rationnelle analytique. Les deux phases, méditative et
analytique rigoureuse sont nécessaires à la pensée transpersonnelle.
G) Étant donné la conception du monde et de l’homme, celui-ci doit, dans
toute recherche d’harmonie et de plénitude, intégrer la dimension
" sacrée ", transcendantale, transpersonnelle. Les
expériences décrites par les grands mystiques des diverses religions sont
considérées avec ouverture et intérêt non réducteurs.
Enseignement pythagoricien : (9)
I1 ne nous semble pas valable de donner un exposé systématique de tout
l’enseignement pythagoricien car tel n’est pas notre but ici.
Nous insisterons sur les seuls aspects qui témoignent de l’originalité
transpersonnelle de notre philosophe, faisant référence à la tentative de
définition du transpersonnel, ainsi que nous l’avons fait en tête de cet
article.
Sachant toutefois l’ignorance dans laquelle de nombreux lecteurs se
trouveront quant aux aspects plus historiques du pythagorisme, nous faisons
suivre cette approche comparative d’un aperçu résumant la vie de Pythagore et
certains autres aspects de l’école pythagoricienne.
Nécessité des approches méditatives en liaison
avec l’approche scientifique.
L’enseignement pythagoricien est exposé dans des
" écoles " où le disciple doit se développer spirituellement
préalablement à toute approche ou quête de savoir valable. Ainsi que Porphyre
le dit clairement (VP ;46-47), l’enseignement se faisait de la manière
suivante.
1. Choisir les disciples à partir de nombreux indices, dont la capacité de
surmonter ses passions, de maîtriser son corps d’utiliser son intellect. Les
" signes " corporels étaient également analysés par le
Maître lui-même (10) qui allait au stade observer les attitudes physiques et
morales des jeunes (respect du corps harmonieux et refus des excès habituels
des sportifs de compétition).
2. Montrer à ces futurs disciples, par le raisonnement et l’analyse
intellectuelle les erreurs de jugement qu’ils font en basant leurs opinions à
partir de leurs organes sensoriels. Cette approche critique devait être
progressive et sans brusquerie afin de ne pas les bloquer sur la voie de la
connaissance " intérieure ".
3. Les amener à se concentrer sur des thèmes liés à la fois aux choses
(naturelles) existantes (et donc sujettes à variations continuelles) et aux
concepts et aspects permanents. Vraisemblablement la respiration était un de
ces thèmes de méditation.
4. Les amener à recueillir ainsi les vérités essentielles les archétypes,
les Idées (11) à trouver la " nourriture " dont l’âme a
besoin pour vivre réellement.(12)
5. Utiliser ensuite (13) le raisonnement sur ces objets du Réel (14)
entrevus lors des méditations afin de mieux comprendre l’ordonnance universelle
et la place de l’homme.
Tout enseignement pythagoricien doit intégrer ces divers aspects.
Cette approche double, où les états de conscience modifiée jouent un rôle
fondamental en servant de base à des approches scientifiques fondamentales au
développement de l’intelligence humaine, est également essentielle dans les
réflexions transpersonnelles.
Organisation sacrée de l’univers et situation de
l’homme par rapport à la nature.
Pour Pythagore, la nature de l’homme est semblable à la nature divine (15)
qui a organisé l’univers. Son but de vie était donc de faire émerger de la
manière la plus pure possible cette nature divine en nous. (16) Le but de la
méditation était de s’écarter de toute vision subjective et sensorielle du
monde afin de s’ouvrir aux structures fondamentales de notre psychê (aux
archétypes, dirait-on aujourd’hui). On dépassait ainsi la subjectivité toujours
exprimé en termes de notre époque) et on arrivait " au
delà " de l’individualité, c’est-à-dire au Divin en nous.
Par ailleurs, il disait que l’univers était ordonné et organisé par les
nombres. Impossible donc de trouver le Divin en nous sans être géomètre.
C’est notre Philosophe qui aurait créé le mot Kosmos (17) pour
nommer l’univers impliquant cette harmonie initiale, divine, préalable
fondamental à toute réflexion sur l’homme et sur la société. (18) Ses discours
sur la place publique de Crotone destinés à toute une population étaient donc
la suite logique de ses conceptions philosophiques. Il est à noter que dans
aucun de ces discours, il ne fait mention de théories mathématiques ou
" ésotériques " susceptibles de ne pas être comprises par
les gens. Il utilise l’allégorie, montre l’exemple de la Nature, prend appui
sur des mythes religieux bien connus de tous et insiste constamment sur les
valeurs intérieures de l’homme. La société doit être un reflet de cette
harmonie microcosmique intérieur affectif et intellectuel de l’homme) et
macrocosmique que (la Nature, le Kosmos).
Il trouve l’harmonie dans les proportions numériques fondamentales qui ont
fondé la Nature. Les règles sociales doivent s’appuyer sur cette même vision
des proportions et de l’harmonie, entendons ici : la fraternité humaine comme
base essentielle aux rapports humains. Lorsqu’il mentionne cette
" fraternité ", (19) Pythagore ne se limite pas à ses
seuls disciples. Il demande aux jeunes gens " de ne pas répliquer à
ceux qui vous injurient (Jamblique; VP,51), " de ne jamais se fâcher
contre ses amis et de se montrer fraternels (comme des amis) envers leurs
ennemis le plus vite possible " (20) (Jamblique; VP,40). Cette amitié
que l’on doit essayer de faire naître envers ses ennemis dès la fin du conflit
ou de la dissension est un élément original de Pythagore; nulle part, à cette
époque dans l’Antiquité grecque ou proche-orientale, on ne parle du devoir
d’essayer d’aimer ses ennemis. (21)
Dans un autre écrit concernant la tradition pythagoricienne, on relève que
le Maître demandait de " prier pour les insensés ", car
c’est eux qui en avaient besoin. La notion de prière est, certes, fort
différente de la conception chrétienne, mais cette demande d’éclairer ceux qui
sont dysharmonieux témoigne à nouveau de la compassion fraternelle qui doit
exister " envers tous " (22) et non rien qu’entre les
initiés; chacun doit éprouver de la " compassion "
(sympathie, sentiment d’aide et de compréhension: koinônia) envers
chacun. (23) Il insiste sur la valeur de la liberté personnelle et de l’estime
qui doivent être à la base d’un tel sentiment " ils (les parents)
devraient essayer d’être aimés par leurs enfants, non à cause des liens
naturels, car les enfants n’ont aucune prise sur cet aspect, mais de leur plein
gré " (Jamblique;VP,47).
Cette fraternité, rappelons-le, est une application toute simple de la
conception harmonieuse du Kosmos, qui doit servir de base à toute réflexion sur
l’homme et sur la société humaine.
Son attitude sociale et morale montre qu’il ne faisait pas de différence de
" classe ": la voie pythagoricienne était ouverte à tous
ceux qui acceptaient de suivre le dur cheminement intérieur proposé. Il faut
est normal, puisque le respect social doit correspondre au respect des lois du
Kosmos Il semble d’ailleurs que le disciple à qui il a confié nombre de secrets
de l’Ordre pythagoricien Zalmoxis, était à l’origine un esclave.
Il s’agit, à nouveau, d’une attitude de fraternité
et de tolérance généralisée telle qu’on la retrouve dans des assemblées de
penseurs transpersonnels.
Mais les " chemins publics " ne sont pas ceux du
pythagoricien qui préférera plutôt les sentiers isolés. Ce n’est pas dans la
foule ou en se basant sur les opinions conventionnelles qu’on trouve la vérité
et la sagesse ou l’harmonie profonde en soi. (24)
L’équilibre affectif et intérieur comme préalable
à la connaissance et comme fondement de l’éducation.
La formation " morale ", leitmotiv dans la tradition
pythagoricienne, doit s’appliquer non seulement aux enfants, mais aussi aux
adultes. Sa base est le gouvernement sage de soi-même et de la cité. Aussi, en
s’adressant aux adultes, parle-t-il dès son premier discours à Crotone, de
l’importance de cette formation continue, sur le plan moral et sur le plan
intellectuel. (Jamblique;VP:42).
Il insiste sur la sérénité (" sôphrosunê " )
comme préalable à toute réflexion valable. Avant de s’occuper de quoi que ce
soit, il faut calme ses émotions et ses sentiments en faisant un retour en
soi-même, ce qui est facilité par la pratique quotidienne de la
" psychostasie ". (25)
Porphyre reprend les maîtrises corporelles (nous dirions
" pulsionnelles ") déjà exprimées dans les Vers d’Or :
l’estomac (songeons aux festins dionysiaques auxquels les Pythagoriciens ne
voulaient pas qu’on assimile leurs repas rituels communautaires), le sommeil
(entendons : la paresse, l’oisiveté), les plaisirs sensuels (entendons ici plus
spécifiquement la complaisance dans les plaisirs sexuels, pervers on non, tels
que cela existait à l’époque et plus nettement encore à Sybaris, la grande
ville voisine) et la colère.
La facilité et les parures de luxe et de richesse (bijoux) doivent être
abandonnés, car ce type de vie superficielle et mondaine éloigne de la
recherche de la vérité. (26) Aussi, dès la fin du discours que leur fit
Pythagore, les femmes de Crotone allèrent-elles déposer toutes leurs toilettes
luxueuses au Temple de Hêra. Les offrandes sacrées ne pouvaient pas être
excessives, mais elles devaient être apprêtées par les femmes elles-mêmes et
non par leurs esclaves. (27) Toute action sacrée devait être précédée d’une
préparation morale (Jamblique; VP, 54)
Cela ne veux pas aller que tout plaisir soit exclu!
La sexualité " normale " (qui impliquait pour Pythagore
la fidélité conjugale) n’était nullement réprouvée. Pythagore s’était opposé à
la tradition qui voulait que les femmes ne pussent aller dans un Temple que 2
jours après des relations sexuelles. Pour notre Philosophe, lorsque ces rapports
sont justes, les femmes peuvent immédiatement participer aux rites sacrés.(28)
Le vin était permis à table (voire même proposé, vu les libations qui se
faisaient lors des repas communs), mais toujours mélangé à de l’eau et
uniquement après le coucher du soleil.
Le motif de toute action devait être le bien, " le
beau " (" to Kalon " ), l’harmonie. On
pourrait presque dire que sa règle était : " Fais le bien pour
l’amour du bien lui-même ".
On voit par tous ces exemples que l’éducation
pythagoricienne amenait à un style de vie fort proche des systèmes
" naturels " et " écologigues " actuels
: simplicité de vie, recherche de rapports harmonieux, éducation basée sur la
Nature et ses lois.
Harmonie avec le corps, mais sans valorisation
excessive.
Le corps était le support et la marque du caractère. L’examen de sa forme
et de ses mouvements donnait donc de précieuses indications sur la vie
intérieure de chaque disciple. Il devait être entretenu avec un souci
d’harmonie; le régime alimentaire était sain et soigneusement contrôlé, fait
essentiellement de céréales diverses.
La promenade matinale dans la nature était suivie d’exercices au stade,
mais sans recherche de compétitions toujours susceptibles d’entraîner
l’agressivité ou un souci intempestif de performances physiques où le
narcissisme joue un rôle de premier plan. Les jeux au stade devaient se baser
sur l’identification harmonieuse aux mythes divins, chacun n’ayant d’autre
rivalité l’un envers l’autre que dans cette fusion à l’image modèle de l’harmonie.
On ne pouvait agresser le corps; la " chirurgie " était
interdite.(29)
Importance de la raison et de l'approche scientifique en parallèle avec la
recherche intérieure.
Tout l'enseignement intègre la raison, l'analyse rigoureuse (mathêma).
Ainsi lorsque Pythagore parle de notions telles que le respect aux aînés, ou
l'harmonie temporelle (" Kairos ") ou structurelle
(" Homonoia "), il appuie son exposé sur la déduction
rationnelle faite à partir des lois naturelles.
L'apport des mathématiques dans le pythagorisme (30) est considérable ici
pour justifier les raisonnements.
Nous avons déjà signalé que, pour le Maître de Samos, l'univers, le Kosmos,
est organisé intelligemment (31). Il est basé sur des proportions et sur des
Nombres. Ceux-ci sont considérés à la fois sous leur aspect géométrique, dans
l'individualité du nombre lui-même (32), et suivant les calculs habituels:
addition, soustraction, multiplication, etc.
Chaque objet de l'univers est la manifestation de rapports spécifiques
entre des Nombres. Bien comprendre l'ordonnance de l'univers correspond à bien
maîtriser les mathématiques (33) et, vice versa, par la compréhension des
Nombres, il est possible d'appréhender parfaitement la structure du Monde.
Les planètes (voire le ciel tout entier) résonnent harmonieusement et on
peut, en méditation, "entendre" la "musique des sphères",
basée sur des proportions identiques à celles de la "musique".(34)
La "Tetraktys", triangle sacré constitué des 4 premiers chiffres,
est à la base des rapports musicaux essentiels: l'octave (2/1), la quinte
(3/2), la quarte (4/3), qui permettent de constituer la gamme occidentale et
les modes musicaux grecs. Valablement analysée et comprise, la Tetraktys
représente le fondement même du Kosmos et est un symbole exprimant la Divinité
dans son acte créateur du monde.
Placer quelqu'un dans l'harmonie musicale valable permet de le guérir.
L'inonder de sons discordants ou différents de l'harmonie essentielle (35)
l'entraîne aux pires excès émotionnels. Pythagore fut ainsi le premier
musicothérapeute. (36) Il est rapporté qu'il commençait souvent ses leçons par
un chant (un extrait de Homère ou de Hésiode) qu'il accompagnait lui-même de la
lyre. (37)
Organiser et classer les concepts et les choses (38) devint une activité fort
importante, car un telle ordonnance tente de comprendre l'ordonnance de
l'univers et fait intervenir une activité rationnelle et, en même temps,
méditative (39).
L'enseignement utilisait constamment la voie symbolique: allusions,
allégories, analogies naturelles, etc., forçant les disciples à chercher en
eux-mêmes les significations contenues dans les éléments enseignés (Jamblique;
VP, 103).
Nous dirons de nos jours qu'il valorisait
l'importance de la pensée dite de l'hémisphère droit ainsi que cela se fait
dans les nouveaux systèmes éducatifs de notre époque. Quel enseignant ou
conférencier de haut niveau, si ce n'est dans une perspective transpersonnelle,
commencerait ses cours en chantant ou disant un poème?
Intégration des dimensions masculine et féminine comme étant toutes deux
essentielles.
Les rôles masculin et féminin étaient dans le pythagorisme bien plus à la
fois égalitaires et naturels que dans toute autre tradition grecque.
Prenant peut-être appui sur un fonds commun à la tradition orphique
éleusinienne, le Maître a indiqué le double rôle paternel et maternel assumé
par le couple divin traditionnel: Zeus et Hêra. Il a montré que Zeus a joué un
rôle maternel envers Athêna et Hêra un rôle paternel avec Héphaistos
(Jamblique; VP, 39), plaçant ainsi les rôles familiaux sur un plan d'égale
importance. Mais il n'a jamais enseigné l'identité des rôles masculin et
féminin, qui n'existe d'ailleurs pas dans la Nature: chacun doit assumer une
activité qui lui est spécifique tout en étant capable d'exprimer positivement
l'activité complémentaire.
Parmi ses disciples, tant ésotériques qu'exotériques, il acceptait les
femmes au même titre que les hommes. Mais la tradition pythagoricienne ne
valorisait pas la femme artiste ou intellectuelle hors de son foyer, comme
l'ont fait, par exemple, une série de traditions issues d'Athènes ou de
Lesbos. Le double rôle familial de la femme (éducatrice et compagne) restait
fondamental.
Importance du langage.
On ne peut dire que l'approche transpersonnelle soit spécifiquement liée à
l'étude du langage.
Signalons toutefois que la valeur du langage était apparu au Maître qui a
voulu préciser les termes qu'il utilisait et analyser leur signification. Cette
tradition a été reprise ultérieurement par d'autres penseurs grecs, entre
autres par Platon.
Ne voulant pas s'attribuer le titre de "sage", il aurait créé le
terme "ami de la sagesse" (philo-sophos) et de la
"philo-sophia".
Kosmos, taxis, homonoia, koinônia, kairos,
tetraktis, homokoeion, physiognômonêsai, etc. semblent bien être des mots d'origine
pythagoricienne ou ayant été utilisés d'une manière nouvelle et spécifique
adoptée par les penseurs grecs. (40)
Il fallait donc parler peu et bien... d'où la valeur accordée à
l'expression "euphêmein". Et le conseil donné de respecter
cette manière sobre et parcimonieuse de parler. N'oublions pas que tout
disciple ésotérique passait par une période de 5 années de silence...
L'utilisation de "ko-an".
La méthode d'approche des concepts initiaux et fondamentaux (les archai)
s'appuyait sur la réflexion concernant l'opposition de concepts l'un à l'autre.
Par Aristote, nous connaissons 10 paires de concepts utilisés dans
l'enseignement pythagoricien: illimité - limité (Apeiron - Peras); impair -
pair; un - pluralité; droite - gauche; mâle - femelle; repos - mouvement; droit
- courbe; lumière - obscurité; bon - mauvais; carré - allongé.
Une autre méthode consistait en la réflexion sur certaines phrases
lapidaires dites par le Maître.(41)
A titre d'exemple, citons un dire du Maître qui est à la fois exprimé tel
un "ko-an" et est lié aux paires d'opposés : " Un,
deux ".
Rappelons encore ici l'importance de la voie symbolique dans
l'enseignement.
La religion pythagoricienne, métasystème tolérant, à la fois monothéiste et
polythéiste.
En fait, la "religion" pythagoricienne était monothéiste. Le Dieu
qui leur paraissait le plus proche d'eux était Apollon, voisin du Rê égyptien,
et dont le nom permettait l'enseignement de l'Unique: ils faisaient de Apollo
le résultat de a - polloï, c'est-à-dire pas - plusieurs. Cette
approche est reprise par Plutarque dans son texte sur l'"E" de
Delphes où il indique clairement que le soleil n'est qu'une manifestation
divine et ne peut pas être considéré comme une quelconque divinité.
Pythagore n'a pas accepté les croyances grecques populaires. Il refusait
l'anthropomorphisation des forces divines et ne voyait dans les mythes que des
approches symboliques de phénomènes plus fondamentaux, liés à la Nature et à
son intelligence.
Pour la tradition pythagoricienne, bien qu'il y ait un Dieu Suprême en qui
tout existe d'une manière harmonieuse, on doit envisager que l'homme lui-même
puisse s'améliorer et progressivement "devenir dieu lui-même",
c'est-à-dire libérer tellement la partie divine en lui (noûs) et oublier
tellement ses particularités humaines transitoires (psychê) et ses
désirs et modes de communication corporelle (sômatikê aisthesis) qu'il
devient "réellement" et totalement l'énergie divine dont il est créé
(42). Il existe donc des êtres qui deviennent des "héros glorifiés"
puis des demi-dieux, puis des dieux immortels, chaque entité représentant un
stade d'évolution et un mode de participation active au dynamisme
cosmique. Cette approche permet de mieux comprendre les libations et les
"prières" faites par les Pythagoriciens aux diverses Divinités,
représentant chaque fois un aspect de l'harmonie universelle. (43)
Mais en revenant de l'Egypte, il n'a pas voulu faire, en Grèce, une
nouvelle mouture de la religion égyptienne. Dans la plupart des légendes le
concernant, il est mentionné qu'il a eu des contacts avec de nombreux tenants
de savoirs religieux dispersés au Proche-Orient et en Europe, sans que jamais
il y ait des critiques contre ces autres voies religieuses.
Son enseignement s'est toujours placé au-dessus de tout particularisme
religieux. C'est ce qui a permis à l'école Pythagoricienne d'avoir parmi ses
centres et au cours des siècles successifs, des membres soufi, chrétiens, ou
encore hors de toute référence religieuse étiquetée tout en reconnaissant
toujours l'existence de Divinité(s) qu'il y avait lieu d'honorer, créant une
ordonnance dans le Kosmos.
Les approches extrasensorielles. Les communications médiumniques.
La réincarnation.
C'est Pythagore qui a diffusé la notion de réincarnation en Grèce.
Nous avons signalé l'influence vraisemblable de son maître Phérécyde dans
l'acquisition de ce concept. Cet acquis ne provient pas de son séjour en
Egypte, où les traditions sont fort éloignées de la théorie réincarnationiste.
A-t-il eu également des contacts en provenance de l'Inde? D'après Apollonius de
Tyane, dans le récit de son voyage transmis par Philostrate peu de temps après
la mort d'Apollonius (c'est-à-dire en s'adressant à des gens qui étaient encore
au courant des récits racontés par Apollonius lui-même), certains brahmanes
auraient prouvé qu'ils connaissaient l'existence de Pythagore et de certains
aspects de son enseignement. Mais ce récit ne donne aucun élément concernant le
thème de la réincarnation.
Lui-même disait se souvenir de quelques unes de ses incarnations
antérieures, mais elles n'impliquait pas le passage par la vie animale. Il
faisait parfois avec ses disciples ce que nous appellerions de nos jours
"une lecture des vies antérieures" afin de mieux les guider.
L'utilisation qu'il faisait assez fréquemment de ses capacités
extra-sensorielles, voire médiumniques, a créé autour de lui un halo énorme,
faisant de lui parfois un demi-dieu (44). Il n'a pas indiqué que son
enseignement avait pris l'approche extrasensorielle comme objet d'étude, mais
il est vraisemblable que les potentialités extrasensorielles de ses disciples
étaient dynamisées par son enseignement méditatif et qu'elles étaient acceptées
sans aucune hésitation comme épiphénomènes positifs.
Respect de la vie et de la nature.
Acceptation d'une certaine marginalité.
Pour Pythagore, il n'appartenait à personne de décider de la date de sa
mort. Le suicide était interdit. (45)
On comprend ainsi d'autant mieux le Serment dit d'Hippocrate qui s'appuie
sur la tradition pythagoricienne. et où l'on dit explicitement que le médecin
ne pourra jamais favoriser la mort de quelqu'un, même à sa demande (ce que nous
appellerions "euthanasie") ni pratiquer des avortements.
L'incinération était interdite afin de permettre au corps de retourner à la
nature et de ne pas polluer le Feu, considéré comme élément sacré par rapport à
la terre.
Le respect de tout ce qui vit l'a amené, suivant une tradition qui
n'existait, semble-t-il, qu'à Délos, à refuser tout sacrifice sanglant et meurtre
d'animaux, voire même d'interdire d'arracher sans nécessité des végétaux utiles
à l'homme.
Or, c'est à l'occasion de ces sacrifices sur les divers autels que la
population grecque se réunissait en fête et mangeait les morceaux de viande que
le prêtre distribuait suivant une procédure bien stricte. Refuser de manger de
la viande correspondait à s'exclure d'une partie importante de la vie sociale.
On comprend dès lors que pour certains pythagoriciens, la soumission à la règle
morale de l'Ordre les entraînait à se marginaliser un peu comme des moines
isolés de tout contact avec la vie de la cité, alors que pour d'autres, leur
désir de se soumettre à leurs devoirs civiques les amenait à prendre de temps à
autre de la viande(46).
On a souvent divisé les Pythagoriciens en deux groupes bien que cette
division soit moins claire au cours des siècles.
Les mathématiciens, qui approfondissaient la science
pythagoricienne, enseignaient et vivaient insérés dans la communauté; ils se
sentaient les "authentiques" pythagoriciens.
Les akousmatiques suivaient à la lettre toutes les prescriptions
morales (les principes de conduite de vie) et autres provenant du Maître (aucun
vêtement de laine; rester éloignés de tout bain public... ce qui les rendait
souvent fort sales; ne changeant jamais leur unique vêtement), se marginalisant
et restant purement végétariens. Ils étaient tels des moines mendiants; eux
aussi pensaient être les authentiques tenants du pythagorisme...
Comment ne pas songer, relativement aux akousmatiques,
aux options "hippies", lorsque ceux-ci n'avaient pas encore détruit
leur idéal par l'utilisation de la drogue et par la complaisance excessive dans
une jouissance impersonnelle de type orgiaque.
Groupement de pensée synthétisante mais minoritaire.
L'influence de l'école Pythagoricienne tant dans notre Europe dite
chrétienne que pendant l'antiquité classique est indiscutable. Quatre cents ans
après la mort du Maître de Samos, Cicéro disait qu'à Rome, il était difficile
de se prétendre un homme cultivé si l'on n'était pas pythagoricien...
L'enseignement de cette école, tel qu'on peut en trouver traces dans tant
de textes divers, d'une manière systématique ou simplement comme référence
occasionnelle, se révèle être toujours le même : les principes de base sont
toujours les mêmes, la vision de l'homme et du monde est toujours la même. Et
ces concepts et approches se distinguent des autres systèmes philosophiques.
Le pythagorisme est une synthèse faite, non de petits bouts de traditions
ajoutés les uns aux autres, mais à partir d'une pensée émise par un homme
génial qui avait assimilé et valorisé toutes les connaissances de l'époque et
qui avait compris la double dimension du psychisme de l'homme : rationnelle et
méditative. Il est inévitable d'y constater des conceptions semblables aux
savoirs issus de traditions différentes.
Cette attitude tant d'insérer nécessairement la
méditation dans toute réflexion intellectuelle et rationnelle que d'accepter
avec ouverture des savoirs issus d'autres traditions soit intellectuelles soit
mystiques est également typique de la pensée transpersonnelle.
A titre d'exemples citons l'Orphisme, tradition indiscutablement antérieure
au pythagorisme, qui présente de telles analogies avec le pythagorisme que
Delatte a pu dire qu'au IVème siècle avant J.-C. il était souvent difficile
pour des Grecs de voir la différence entre les deux traditions.(48) Ou encore,
à partir du IIIème siècle de l'ère chrétienne, le néo-platonisme qui se
distinguait mal du pythagorisme, entre autres à cause de l'influence du
pythagoricien que fut Platon et qui n'hésita pas à ajouter d'importantes
réflexions personnelles éloignées du pythagorisme primitif.
De même, l'approche transpersonnelle est bien plus un
"métasystème" psychologique qu'une école dont les limites sont
définitives et rigides. Il s'agit d'une manière de comprendre et d'appréhender
l'homme et son fonctionnement psychique qui ne supprime pas toute valeur aux
autres approches scientifiques de la psychologie actuelle, mais les remet à leur
place de constructions humaines, analytiques, s'attachant à des détails et
oubliant le sens de la vie.
Conclusion
Au lieu de rechercher des sources de pensée transpersonnelle dans les
seules traditions orientales ou d'essayer d'en découvrir par ci par là dans des
textes chrétiens, ne ferait-on pas mieux de retourner à la tradition grecque
formatrice de notre pensée intelligente et de notre civilisation?
Et dans cette pensée grecque, ne devrait-on pas revaloriser Pythagore qui a
su, il y 2500 ans déjà, situer les concepts fondamentaux que notre culture (à
part l'épisode du XVIème siècle) (49) ne retrouvera que lors de la genèse du
mouvement transpersonnel ?
La tradition pythagoricienne.(50)
Il ne nous semble pas possible d'aborder valablement la pensée
pythagoricienne si l'on esquive certains problèmes historiques.
Il n'existe aucun écrit de Pythagore lui-même ni de contemporains
pythagoriciens en tant que tels(51). Tout ce que nous savons provient toujours
de sources indirectes(52), les unes écrites quelque 100 ans après, les autres
écrites de nombreux siècles après la vie de Pythagore, mais souvent à partir de
documents issus du IVè siècle (donc, à nouveau, 100 à 150 ans après le décès du
philosophe que l'on peut dater à environ, 490/480).
Il n'existe aucune trace archéologique claire(53) de l'époque faisant
mention du contenu de l'enseignement conféré par l'école Pythagoricienne.
Les historiens anciens n'utilisaient pas la critique historique telle qu'on
le fait actuellement. Lorsque des faits différents, voire contradictoires,
étaient avancés, ils les ajoutaient les uns aux autres sans en faire une étude
comparative critique, voire même sans citer leurs sources.
Plusieurs philosophes ont utilisé et modifié, en la complétant heureusement
parfois, la pensée initiale du Maître de Samos, de telle sorte qu'il devient
difficile de faire le tri entre ce qui provient du fondateur et ce qui provient
des disciples.(54)
Le pythagorisme, dès le début, s'est affirmé sous deux formes. L'une consistait
en un enseignement destiné à tous; il s'agit d'une réelle action
socio-culturelle et morale, voire politique au sens large de ce terme. Cet
enseignement destiné à la société a été divulgué par Pythagore lui-même par des
discours qui sont assez bien connus.
L'autre était un double enseignement destiné aux membres de l'école
Pythagoricienne. L'un s'adressait aux "exotériques", l'autre aux
"ésotériques". Ces enseignements étaient gardés strictement secrets
et les éléments qui ont été dispersés dans le public l'ont souvent été sans
leur contexte, d'une manière telle qu'ils apparaissent comme des énigmes ou
comme des vérités reprises mais interprétées par ceux qui les répandaient. Le
secret a été bien gardé pour de nombreux enseignements qui ne se comprennent
qu'au travers de clefs; ceci ne facilite nullement le travail des hommes de
science et des historiens !
L'école Pythagoricienne n'a pas été monolithique. Il semble bien que
certains disciples aient vécu en conformité stricte avec les principes édictés
(par exemple, le végétarisme), alors que d'autres restaient intégrés dans les
coutumes de la société grecque (ou romaine). Aristote parle des Akousmatiques
et des Mathématiciens, comme représentant deux tendances fort différentes. Un
Pythagoricien indubitable comme Apollonius de Tyane (Ier siècle de notre ère)
vivait dans une errance (marginalité de ses comportements et de sa
présentation) fort éloignée de l'exemple donné par Pythagore dès son arrivée à
Crotone (importance de l'intégration sociale harmonieuse, homonoia).
L'absence dans l'Antiquité gréco-romaine de chronologie claire et stricte
ne permet souvent pas de dater des événements avec précision.
L'assimilation de mythes et de légendes intégrés à la vie réelle et
objective est fréquente(55), d'autant plus que l'école Pythagoricienne
elle-même a souvent utilisé les allégories dans son enseignement.
L'école Pythagoricienne a joué un rôle important dans la pensée grecque,
mais elle n'a pas toujours été appréciée avec objectivité. Des polémiques ont
tour à tour tenté de dévaloriser les caractéristiques pythagoriciennes (en se
moquant de la manière de vivre de certains pythagoriciens, ainsi que l'a fait
Aristophane) ou au contraire de transformer Pythagore en un demi-Dieu (ainsi
que l'a vraisemblablement fait Apollonius de Tyane dans sa Vie de Pythagore
dont nous ne connaissons que des extraits).
Les Chrétiens(56), pour mieux détruire l'ensemble des religions
gréco-romaines et leurs superstitions(57), ont souvent fait une différence
entre la conception sacrée du monde vu par les Pythagoriciens et toutes les
autres conceptions grecques, louant le discours pythagoricien (qui développait
sans hésitation une idée d'un Dieu unique situé au-dessus de toutes les
particularités du polythéisme officiel).
Au Moyen-Age, Pythagore a été survalorisé comme détenteur de la
connaissance secrète et authentique. Ces textes médiévaux, souvent issus
indirectement des sources arabes secondaires aux sources indirectes grecques,
ont donné du Philosophe une image absolument fantaisiste.(58)
Dès le IIIème siècle de notre ère, le néoplatonisme a été tellement lié au
pythagorisme qu'il devient souvent illusoire de les différencier.
Déjà, dès l'Antiquité(59), on assimilait parfois la source de connaissance
pythagoricienne à la tradition orphique.
Parvenir à clarifier exactement ce qui était "réellement"
pythagoricien de ce qui était extrêmement proche du pythagorisme est
fréquemment une illusion. Et encore plus de distinguer ce qui était issu du
fondateur lui-même de ce qui fut modifié par ses disciples.
Il serait toutefois une erreur de vouloir refuser toute tentative de
clarification de la pensée authentiquement pythagoricienne, car, malgré les
obstacles qui viennent d'être signalés, des éléments permettent de trouver pour
certains concepts essentiels une origine pythagoricienne indubitable.
Références et sources.
Parmi les auteurs anciens qui ont parlé de l'école Pythagoricienne et qui
ont donné des renseignements intéressants, on doit, à mon avis, faire plusieurs
groupes.
Le premier concerne des historiens qui, peu de temps après le décès de
Pythagore, ont écrit au sujet de l'école Pythagoricienne : Timée, Dicéarque et
Aristoxène.
Des trois, c'est Timée le plus ancien: il date du début du IVème siècle.
Aristoxène de Tarente était pythagoricien lui-même et a pu donner des
renseignements de première main. Dicearchos a vécu de -345 à -285, soit environ
200 ans après Pythagore, mais à une époque où il existait encore une école
active en Grèce(60).
Le problème, c'est qu'aucun texte de ces trois auteurs ne nous soit parvenu
directement en tant que tel. Nous les connaissons par des citations et des
références occasionnelles ou par recoupements logiques. Ils furent des sources
disponibles et utilisées par les biographes des quelques siècles suivants.
Le second groupe est celui constitué de Platon et d'Aristote.
Mais Platon a souvent utilisé l'enseignement pythagoricien qu'il a reçu(61)
pour affirmer le sien. Il est parfois difficile de différencier ce qui est de
l'un ou ce qui provient de l'autre.
Aristote ne cite jamais les auteurs eux-mêmes. Sans doute par une
disposition d'esprit faite de mépris pour ce qui n'était pas sa propre
doctrine, il ne cite ni Platon ni Pythagore ni qui que ce soit(62). Aussi ne
faut-il pas s'étonner qu'il ne fasse appel qu'à "ceux qui se dénomment
pythagoriciens" plutôt qu'à "Pythagore". On peut toutefois faire
souvent la différence entre ce qui est vraisemblablement du Maître et ce qui
provient des disciples. L'ouvrage essentiel qu'a écrit Aristote en ce qui
concerne le pythagorisme et intitulé "Des Pythagoriciens" a été perdu
et nous ne disposons que d'extraits.
Un troisième groupe est constitué des disciples mêmes de Pythagore:
Philolaos, Archytas et d'autres qui ont vécu au Vème ou au IVème siècle avant
J.-C.. Nous pouvons par ce qui nous a été laissé d'eux reconnaître des thèmes
et des enseignements originels.(63)
Il faut citer également Empédocle (Vème avant), malgré les réticences de
certains.
A vrai dire, il existe toute une série de disciples qui se sont succédé et
dont des extraits nous sont parvenus, mais il n'est pas possible ici d'en
donner la liste. Les noms de la plupart d'entre eux ont été cités par Jamblique
à la fin de sa Vie de Pythagore.
Un quatrième groupe est constitué par les trois auteurs les plus connus
concernant la Vie de Pythagore: Diogène Laërce et Porphyre (IIIème siècle de
notre ère) et Jamblique (IVème siècle de notre ère).(64)
Leurs écrits forment un ensemble très important de faits et de traditions
liées à Pythagore, mais leurs récits se succèdent sans cohérence. Seule leur
juxtaposition nous permet de mieux déceler les sources d'où ils ont été tirés.
Nous pouvons ainsi constater que Diogène Laërce s'appuyait sur de nombreux
auteurs (Hermippe, Dicéarque, Héraclides, Aristote dont il avait le livre
"Des Pythagoriciens" en mains, etc) mais surtout sur Timée et sur des
auteurs qui avaient, eux aussi, appuyé nombre de leurs détails sur Timée(65).
Porphyre et Jamblique se basaient principalement sur Dicéarque et
Aristoxène, mais ils avaient à leur disposition (et en faisaient usage) la Vie
de Pythagore écrite par Apollonius de Tyane, qui lui-même s'était appuyé sur
Timée.
Malgré la date tardive de ces écrits par rapport à l'époque où le
Philosophe avait vécu (7 siècles après sa mort), on se doit d'accorder une
grande valeur à leurs livres, vu les références originelles qu'ils ont
consultées et leur appartenance personnelle à l'activité de l'école
Pythagoricienne.
Il serait erroné de vouloir ignorer les remarques insérées par ci par là
dans des textes d’auteurs qui n'avaient pas toujours le pythagorisme en vue,
mais qui ne l'ignoraient certes pas.
Ainsi, on doit citer Xénophane (VIè avant)(66), Héraclite (VIè avant)(67),
Isocrate (fin Vè - début IVè avant)(68), Diodore (fin IVè avant)(69), Hérodote
(IVè-IIIè avant)(70), Héraclide Ponticus (fin IVè avant)(71), Nicomaque de
Gérasa (1er siècle après J.-C.)(72), Ion de Chios (73), etc.
On doit, enfin, parler des traces archéologiques : les pièces de monnaie
marquées du pentagramme ou d'autres symboles Pythagoriciens datant d'une
période postérieure au décès de Pythagore.(74) L'apparition en Italie des
monnaies avec pentagramme ne date que du début du IIIè siècle.
Dans d'autres traditions de l'époque ou antérieures à elle, on retrouve des
pentagrammes, entre autres et surtout à partir du Proche-Orient (surtout
Babylone) par l'intermédiaire des Phéniciens.
Les Hébreux utilisaient le pentagramme à côté de l'hexagramme comme motif
décoratif, à peu près à la même époque que Pythagore.(75)
Tout ceci montre à nouveau l'enchevêtrement des sources utilisables
et la difficulté de retirer chaque fois l'aspect original et authentique en
s'écartant des affirmations hâtives et des légendes ajoutées.(76)
Vie de Pythagore
( environ - 570 à -490 )
Contexte historique.
Le VIè siècle avant J.-C. fut en plusieurs endroits un siècle où ont vécu
des fondateurs (ou des organisateurs) de religions ( sans qu'on en sache le
motif, car les civilisations étaient fort différentes, par exemple en Extrême-Orient
et en Grèce, et n'avaient pas de contact efficace et rapide permettant
d'expliquer cette convergence).
Zarathoustra semble être né vers -600, en même temps donc que Pythagore.
Gautama le Bouddha est né en -560, Confucius en -550, en même temps que,
semble-t-il, le fondateur connu du Jaïnisme.
Les Maîtres taoïstes (Lieze, Chuangze, Laoze) sont du siècle suivant, ce
qui ne fait pas grande différence à notre avis.
C'est au cours des VIIè et VIè siècles que furent transcrits les Upanishads
et la plus grande partie de l'Ancien Testament.
Quelques brefs rappels de l'histoire grecque...
Socrate mourut en -400, soit un peu moins de 100 ans après Pythagore.
Platon, qui évidemment vivait du temps de Socrate, est décédé vers -350;
Aristote, quelque peu plus jeune, est mort en -320.
C'est pendant ce même Vè siècle qu'ont vécu les grands écrivains Sophocle,
Euripide, Eschyle, Aristophane. Cette période fut exceptionnellement riche en
créations artistiques.
Nous ne reprendrons pas les détails de sa vie, que l'on trouve dans
plusieurs ouvrages, et surtout dans le livre de De Vogel déjà cité. Nous la
reprendrons brièvement en songeant aux éléments qui nous paraissent liés à
notre but ici.
Pythagore est issu d'une famille de Tyr installée à Samos(77). Il n'est donc
pas un Athénien, mais un habitant de la Grande Grèce. Son ouverture au
Proche-Orient et à des cultures autres que la culture grecque fut donc
facilité.
Samos était une île assez peuplée et très riche. Située près de la côte
"turque", proche d'Ephèse, elle n'était pas loin de l'île de Délos,
où se trouvait le célèbre centre d'Apollon. Sa population était
faite surtout de commerçants. Le père de Pythagore, Mnesarchos, lui-même un
riche commerçant en grains(78), a pu facilement mettre son fils en contact avec
les gens du Proche-Orient. Vraisemblablement, il parlait de temps à autres le
phénicien(79) à son fils, ce qui a sans doute servi le futur Maître lors de ses
contacts en Syrie.
Notons que Samos était célèbre par ses grottes et un des maîtres de Pythagore,
Phérécyde, parlait de l'inspiration divine qui habitait les grottes de son île.
Il semble bien que cette tradition du silence et du repli vers le numineux dans
l'espace de la grotte(80), déjà proposé par les traditions grecques anciennes,
n'ont pu qu'inspirer l'attitude mystique de Pythagore qui avait dû en explorer
un certain nombre.
Il est dit que Pythagore a été fortement désiré par ses parents et que
c'est après un pèlerinage à Delphes que sa mère a été enceinte.(81)
Il fut un excellent élève auprès des meilleurs maîtres à penser de sa
région(82).
Polycrate qui gouvernait sur Samos était un ami d'enfance de Pythagore, qui
n'apprécia toutefois pas son gouvernement tyrannique. Polycrate était également
ami du Pharaon Amassis qui régnait sur l'Egypte et qui ne demandait pas mieux
que de créer de bonnes relations politiques et commerciales avec les Grecs,
afin de se sentir protégé des Perses, alors dirigés par le roi Cyrus. La
recommandation de Polycrate à Amassis dont a profité Pythagore allait donc dans
le sens du désir de contacts entre ces peuples. Ce qui ne veut pas dire que, du
côté des traditionalistes égyptiens, entre autres des prêtres, il n'y avait pas
de fortes réticences à rencontrer les Grecs, "nouveaux riches" imbus
de leur force militaire et de leurs richesses.
C'est en toute logique et sur le conseil de son maître qu'il a donc été
envoyé en Egypte, à l'époque le lieu privilégié de la science, en obtenant les
recommandations sans lesquelles il n'aurait pu trouver des portes ouvertes dans
les Temples égyptiens.
Il a surmonté les épreuves que les prêtres égyptiens lui ont sûrement fait
subir, car ils n'étaient pas tendres envers ces touristes et
"voyeurs" grecs dont la culture était d'apparition si récente à leurs
yeux. Le séjour en Egypte aurait duré environ 20 ans, y incluant sans doute un
séjour à Babylone(83) où il aurait rencontré d'autres traditions cosmologiques
et mathématiques.(84) De retour à Samos, il n'a pas su y faire école(85), sans
doute à cause de l'insouciance des riches commerçants, de la médiocrité des
connaissances de base des adolescents et de l'originalité de sa propre pensée,
voire de sa méthode éducative(86). Il a donc voyagé et a ensuite décidé
d'émigrer au sud de l'Italie où la situation générale semblait plus favorable,
comme à Sybaris et à Crotone, anciennes "colonies" grecques.
Il a choisi Crotone qui venait de subir un cuisant échec militaire(87) et
était dans le désarroi. Sybaris était tellement enfoncée dans la recherche des
plaisirs corporels et sensuels qu'il n'avait aucun espoir d'y faire développer
ses idées.
Dès l'arrivée à Crotone, il a pris la parole en public et a développé ses
idées sur l'homme, sur le Cosmos, sur la société, sur la religion. Il a
commencé en parlant à un groupe de jeunes adultes. Il a ensuite été invité par
les Sénateurs à leur exposer sa doctrine. Ayant à nouveau réussi à convaincre
l'assemblée de la valeur de ses idées, il a été invité par le Sénat à parler
aux jeunes enfants (dans le Temple d'Apollon) et ensuite aux femmes (dans le Temple
de Hêra).
L'enthousiasme créé a entraîné de nombreuses personnes, hommes et femmes, à
l'entourer en une sorte d'école où des idées plus savantes et des techniques
plus élaborées étaient, sous le secret, progressivement transmises. Cela ne l'a
jamais, ni lui ni d'autres pythagoriciens, empêché de parler en public et de
communiquer, sous une autre forme, les idées sociales et morales qui lui
tenaient à coeur: harmonie, paix, compassion, respect mutuel, valeurs morales,
force de caractère, contrôle et respect corporels, importance de la musique,
etc.
Ce succès (il semble bien que le nombre de pythagoriciens à Crotone se soit
élevé à plus de mille citoyens)(88) a entraîné de violentes jalousies, entre
autres aussi parce qu'il n'acceptait pas comme disciple n'importe qui : la
valeur morale et les capacités de jugement devaient exister préalablement à
toute entrée dans le groupement fermé. Aussi a-t-on prétendu que les
Pythagoriciens étaient des aristocrates manipulateurs et voulaient prendre le
pouvoir sur le gouvernement de la ville(89) et le "refusé" à l'Ordre
prit l'initiative d'une émeute qui brûla le lieu de réunion des pythagoriciens,
entraînant dans la mort la plupart d'entre eux.
Il semble que Pythagore échappa à ce massacre, soit qu'il ait déjà quitté
Crotone, soit qu'il parvint à fuir. Il se réfugia à Métaponte(90) où il mourut
à un âge avancé.(91)
Les disciples du Maître se sont alors dispersés, répandant rapidement la
pensée pythagoricienne en Grèce puis en Italie (après -450, on peut dire que la
dispersion était générale, vu les divers lieux d'immigration des disciples). En
parfaite cohérence avec l'enseignement de Pythagore, ils ont poursuivi les
mêmes traditions en y ajoutant leurs propres réflexions. Le secret a existé
parmi les disciples, mais malgré la loi du silence imposé, il a été parfois
transgressé(92). Il devint aussi de plus en plus difficile de faire la part
entre ce qui était du seul enseignement authentique et donc justiciable du
silence et ce qui était l'apport personnel.
Il n'entre évidemment pas dans cet article d'envisager comment évolua le
pythagorisme. L'histoire en serait trop longue et difficile, car le
pythagorisme a pris de nombreuses couleurs afin de se soustraire aux diverses
persécutions chrétiennes contre toute pensée "païenne"(93). En outre,
le pythagorisme, par la rigueur de vie et de pensée qu'il exige, ne peut jamais
être constitué que par un nombre restreint de disciples(94), même si sa pensée
a influencé des créateurs artistiques et scientifiques ou même des mystiques en
provenance de diverses religions qu'ils n'ont pas eu besoin de quitter, vu les
caractéristiques de "métasystème" qu'a toujours représenté le
pythagorisme.
FIN
Notes
Nous pouvons renvoyer le lecteur à notre article: " La voie
symbolique, seule approche rationnelle des principes créateurs de l’univers et
de ses objets ". Les Cahiers Internationaux du Symbolisme; 40-41,
1980, pp.19-36. Nous nous y appuyons sur les théories de C.G. JUNG et faisons
allusion au livre de René ALLEAU " La Science des
Symboles " (Paris: Payot,1976).
Ne nous méprenons pas. S’il nous semble vrai que pour traverser la vie avec
plénitude, l’approche transpersonnelle du Réel est efficace, il est évident que
pour traverser en sécurité une rue et affronter le trafic automobile, c’est
l’approche de la réalité qui doit nous guider. Chaque approche est
caractéristique de l’esprit humain et doit donc être utilisée, mais à bon
escient, c’est-à-dire en sachant chaque fois ce que telle approche est
susceptible d’apporter en " positif ".
Le lecteur comprendra que ces termes sont fort inadéquats par rapport au
Réel, car l’homme ne peut utiliser que des termes à son niveau, et donc
inévitablement incomplets, voire symboliques.
Nous nous démarquons fondamentalement de l’approche lacanienne pour qui le
biologique est " rien ", ou " un rien "
sans structure significative. Pour nous, en similitude avec l’approche
jungienne nous pensons que le biologique possède déjà un langage, à côté duquel
nombre de discours humains ne sont que verbiages inconsistants.
Par ce terme, nous entendons le principe (peut-être faudrait-il dire
" les principes "), sinon créateur du moins organisateur,
de l’Univers et qui est d’une nature tellement supérieure à l’intelligence
humaine qu’on ne peut le définir que comme faisant partie d’un ordre plus
élevé. Les termes de " Sacré ", ou encore de
" Puissance(s) Supérieure(s) ", ou de
" Divinité(s) " peuvent tout aussi bien convenir. Cette
option n’est pas soumise à l’appartenance quelle qu’elle soit à un quelconque
organisme religieux, celui-ci ne faisant au mieux qu’interpréter les traces de
cet ordre supérieur, souvent d’ailleurs en imposant par la force de sa
puissance sociale son interprétation.
Le " QI " chinois possède une structure, il n’est pas
qu’énergie transférable d’un point à l’autre. Les archétypes jungiens possédant
un dynamisme qui pousse les gens à agir de telle manière, ils ne sont pas que
des structures de référence.
Nous renvoyons le lecteur aux livres écrits par le Dr Ian Stevenson, et
dont un au moins a été traduit en langue française. Il s’agit chaque fois de
" cas suggérant l’hypothèse de la réincarnation " et
représentent une somme considérable d’observations cliniques contrôlées.
Parmi les thérapies dites transpersonnelles, existent plusieurs types de
méthodes intégrant les expériences dites de vies antérieures.
Les ouvrages de Jean Mallinger : " Pythagore et les
Mystères ", 1944; " Les secrets ésotérique des
Pythagoriciens "; 1946; " Les secrets ésotériques dans
Plutarque ",1946 parus tous trois chez Niclaus donnent un aspect
particulier et extrêmement intéressant de cet enseignement.
Le corps (sôma) est, suivant les traditions orphique et
pythagoricienne, " sêma ". On a voulu ne voir dans
ce terme que l’acception de " prison ". Mais, ainsi que
Platon lui-même l’a explicité (Cratyle 400: " Et encore, puisque
c’est au moyen du corps que l’âme " signifie "(sêmainei)
ce qu’elle peut avoir ; signifier, pour cette nouvelle raison c’est à bon droit
que le corps est appelé " sêma "), " sêma "
comprend le concept de signe (sêma a donné en français les mots tels que
sémiotique, séméiologie, etc.). Pythagore voyait dans la structure anatomique
du corps une manière de déceler la valeur de l’âme. C’est Pythagore qui a créé
le concept et le mot de " physiognomonie ". Cette approche
a parfois choqué les psychologues dans la première moitié du XXè siècle, car
elle semblait témoigner d’un arbitraire inacceptable. On sait l’excès et le
drame de Galton et de la phrénologie qu’il avait créée (dont on n’a gardé heureusement
que la " bosse des maths " et oublié la " bosse
du crime "). Mais les apports les plus récents de la psychologie,
surtout par la bioénergie, par les techniques de " lecture du
corps ", par la " programmation
neurolinguistique ", par l’ostéopathie crânienne, ont montré que les
gens marquaient leur corps par leurs émotions, leurs sentiments, leurs
inhibitions, leurs passions. On peut ainsi, en observant quelqu’un qui parle et
agit, voire même simplement qui se détend, déterminer les types de problèmes
non résolus " Sôma, sêma " est donc bien un concept
heuristique, more à notre époque! Mais il est évidemment impossible de dire si
le Philosophe parvenait à faire judicieusement cette lecture du corps et sur
quels critères précis il se basait.
Le lecteur comprend évidemment que ces termes d’archétypes et d’Idées ne
sont pas de Pythagore mais postérieurs.
" La philosophie... est l’aspiration à une telle (l’harmonie du
Kosmos) contemplation " (Jamblique; VP, 59). Voir aussi la
" Lettre à Marcella " (26) écrite par Porphyre.
Ne pas donner d’enseignement aux gens qui n’auraient pas préalablement
acquis l’ouverture à la science (mathêma) et à la contemplation (theorêma).
" ta ontôs onta ".
Nous trouvons ici une conception typiquement hermétiste, qui deviendra fort
proche du pythagorisme.
Vers d’Or (70-71) " Et alors, ayant abandonné ton corps, quand tu
t’envoleras vers le libre éther, tu seras immortel, tel un dieu éternel, à
jamais affranchi de la mort ".
Vu l’utilisation banalisée du mot français " cosmos ",
nous prendrons systématiquement l’orthographe " kosmos "
pour désigner l’acception pythagoricienne.
Les termes taxis, homonoia, koinônia, philia font constamment
référence à cette paix harmonieuse, à cette entente qui doit exister en toutes
choses. Elle existe dans l’univers (kosmos) et doit se retrouver tant
dans la société que dans la famille et elle doit présider à la structure de
l’âme de l’homme. Cette harmonie peut être abordée intellectuellement par la
réflexion. D’où l’importance de l’enseignement (paideia) autant que de
la sôphrosunê (sérénité, harmonie et contrôle affectifs). Si une action
se décide, elle doit s’intégrer " au bon moment " (kairos)
et ce moment harmonieux peut être enseigné.
Philia. Ce terme est plus vaste que le simple mot d’amitié. Il indique les
relations basées sur l’entente, ou encore sur l’amour non nécessairement
sexualisé. On n’a jamais mentionné d’homosexualité dans les communautés
instaurées par Pythagore.
C’est évidemment nous qui soulignons.
Rappelons pour le lecteur qui l’aurait oublié que Pythagore a vécu 500 ans
avant Jésus.
philia pros hapantas, ou encore: " des sentiments fraternels
de tous pour tous ", etc. (Jamblique; VP, 69, 229).
Bouddha, dont l’enseignement était également une approche rationnelle mais
non scientifique des lois de l’univers et qui a proposé cette même compassion,
a vécu exactement en même temps que Pythagore. Il est évident qu’à cette époque
il n’y ne pouvait y avoir aucun contact aussi rapide entre ces deux traditions.
Les éventuels échanges prirent du temps.
Acousma: " Tas leôphorous hodous ekklinon dia tôn atrapôn
badize " (Ne prends pas les chemins publics, mais va sur les
sentiers)
La psychostasie, d’origine égyptienne, (" la pesée de
l’âme ") consiste à analyser les actions écoulées au cours de la
journée (voire de celles que l’on désire entreprendre au cours de la journée,
permettant ainsi, le soir, de vérifier si les projets ont été bien élaborés et
réalisés). Elle est clairement décrite dans les Vers d’Or " (40-44)
et signalée dans Jamblique (VP;165), Porphyre (VP;40), Diogène Laërce (22).
Rappelons qu’il est dit de se réjouir d’avoir fait le bien,- ce qui témoigne
d’un aspect non masochiste de cet examen de conscience quotidien, règle absolue
de tout pythagoricien.
Ce consei1 s’adressait autant aux hommes qu’aux femmes. Il s’agit d’une
règle de conduite. (Porphyre, " Lettre à Marcella "; 7) .
Rappelons que les seules offrandes acceptées dans le pythagorisme sont des
offrandes végétales préparées. La légende qui dit que Pythagore aurait sacrifié
100 boeufs lorsqu’il a trouvé le théorème de l ‘hypothénuse est évidement un
non-sens total !
Il ajoute toutefois que lorsque ces rapports sont
" adultérins " (c’est-à-dire témoignant d’un manque de
sincérité et de rectitude morale), les hommes comme les femmes sont exclus
définitivement de toute entrée dans le domaine sacré (Jamblique;55).
Le lecteur remettra cette prescription dans la science et la technique
médicales de l’époque. Où l’utilisation de la " chirurgie "
impliquait un abandon de l’attitudes d’aide et de sauvegarde du patient.
N’oublions pas que c’est Pythagore et le groupe de disciples formés par lui
qui ont déterminé les premières lois physiques relatives à la musique donnant
les bases de la gamme telle que nous l’utilisons encore. C’est également de lui
qu’est issue le théorème qui porte son nom (et qu’il a, sans doute, pu
entrevoir lors de son séjour en Egypte, où le triangle 3,4,5 était connu et
utilisé). Il a souvent été avancé que les Grecs n’avaient fait que " bien
vendre " les connaissances des Orientaux ou des Egyptiens. Cette
manière de voir fait peu de cas d’un élément essentiel à toute approche
scientifique : la théorisation en lois Cet aspect est strictement grec; les
autres traditions antiques utilisaient des recettes très élaborées, mais
n’allaient pas plus loin.
Déjà, lors de la poussée matérialiste grecque des IIIè et IIe siècles avant
J.-C., cette vision " animée " du monde a été attaquée.
D’où l’importance que Pythagore accordait aux "calculs "
dans leur sens initial, c’est à dire l’utilisation de
" cailloux " déposés sur une planchette lors des opérations
mathématiques et des réflexions philosophiques. Cette approche serait semblable
à celle de nos jours qui tentent de réinstaurer le développement de l’hémisphère
cérébral droit en même temps, ou avec la même valeur, que l’hémisphère gauche.
Mais on continue chez nous à démontrer le carré de (a+b) par la seule algèbre
plutôt que par le dessin d’un carré dont le côté est (a+b), où l’on découvre
immédiatement le résultat.
Le terme grec mathêma ne correspond pas simplement à nos
mathématiques. Il englobe le raisonnement analytique et scientifique,
s’opposant (en la complémentarisant) à la méditation, à la contemplation: theôrêma.
musikê était à la fo1s l’approche scientifique, physique et mathématique, des
sons et l’art issu des " Muses ". Rappelons que la première
demande que fit Pythagore au Sénat de Crotone, était de batir un Temple aux
Muses, comme symboles de l’harmonie qui devait présider à tout groupe social.
Le mode mixolydien par rapport au mode dorique. Notons que Pythagore a été
amené au cours de sa vie à valoriser certains aspects très
" grecs ", tels la langue et la musique doriques. On dit
que son opposition au port de la barbe et aux longs cheveux non coupés
correspond à cette même réticence envers les moeurs
" orientales " (entendons : perses).
La valeur de la musique et de l’harmonie revient constamment dans les
écrits de la tradition pythagoricienne (Jamblique; VP; 64-68; §§122 et suivants;
etc).
Il ne semble pas que Pythagore ait apprécié la totalité des oeuvres de
Homère et de Hésiode, en ce qu’ils accordaient souvent aux dieux des émotions
humaines et inconciliables avec la conception élevée de la Divinité qui était
transmise dans l’école pythagoricienne.
Le mot taxis, qui a donné tant de dérivés en science en quête de
classification (taxonomie est le terme le plus clair à ce sujet) est une
création pythagoricienne.
La véritable science ne pouvant s’appuyer sur les témoignages sensoriels
tellement enclins à fourvoyer l’esprit humain vers des particularités sans
signification profonde, le raisonnement s’établissait après la méditation
contemplative et sur les éléments qui y avaient été découverts.
Diogène Laërce (48-49). Jamblique (VP; 58, 159).
La méthode bouddhiste zen qui force le disciple à se concentrer sur des
" ko-an " est semblable et pourtant différente. Chaque
" ko-an " représente une vérité,- et en ce sens, un ko-an
est semblable un " akousma ". Mais un
" ko-an " ne peut avoir de solution rationnelle, alors que
les akousmata (comme les autres dires du Maitre) bénéficient d’une réflexion
rationnelle,- dans la mesure, évidemment, où le premier pas a été franchi en un
stade méditatif.
Tout ceci est autant hermétiste que pythagoricien.
Les Egyptiens, en maintenant les images partiellement animales de leurs
divinités, se préservajent de toute anthropomorphisation. Le dialogue raconté
par Philostrate (vers l’an 100 de notre ère) d’Apollonius de Tyane avec les
sages égyptiens à ce propos sont absolument clairs et sans aucune ambiguïté.
Burkert considère, comme d’autres encore, que Pythagore était proche du
shamanisme par l’utilisation de ses expériences médiumniques (et par le recit
imaginaire ou réel de sa katabase) et de ses capacités de clairvoyant et
de guérisseur. Certains de ses disciples ont obtenu le même prestige social par
des clairvoyances ou des guérisons spirituelles, voire des prémonitions et des
psychocinèses intentionnelles.
C’est pour ce motif que la légende qui veut que le pythagoricien Empedocle
se soit suicidé est évidemrent absurde.
Rappelons que lorsque Milon de Crotone abattit un boeuf au milieu du stade
et le mangea entièrement, il accomplit ainsi le rite formateur de la ville de
Crotone. Heraklês avait, en effet, tué induement un boeuf et c’est à la suite
de cette aventure que Crotone fut créée.
Dans les comédies grecques, ce sont évidemment les akousmatiques qui
faisaient les joies des moqueries diverses : puanteur, saleté, austérité
alimentaire, pauvreté, nomadisme.
Armand Delatte, " Etudes sur la littérature
pysthagoricienne "; Paris; 1915, p.32.
Citons toute l’oeuvre de Frances Yates, entre autres " Giordano
Bruno and the Hermetic tradition " ou " The Rosicrucian
Enlightment ", parus chez Routledge et Kegan Paul et réédités.
D’assez nombreux passages de cet article ont été tirés de communications
faites dans le cadre de A.M.E.S. (Les Amis de la Méditation et de la Science).
Nous tenons à exprimer ici notre reconnaissance envers ce groupement qui a pour
privilège et pour but de préserver la tradition pythagoricienne.
Il est vraisemblable que Pythagore ait écrit quelques traités. En tous cas,
Diogène Laërce (Vie de Pythagore, 6) déclare " Il y en a qui
affirment d'une manière ridicule que Pythagore n'a laissé aucun écrit
" Il continue en citant plusieurs titres d'ouvrages, dont les trois
indubitables d'après lui : " De la Nature ", "De
l’Éducation " et " Du Politique ".
Nous les verrons plus loin, sans entrer toutefois dans des détails qui
feraient de ce texte une approche philologique ou historique critique.
Monuments, inscriptions, pièces de monnaie. La Basilique de la Porte
Majeure à Rome date du Ier siècle après J.-C. Pour les pièces de monnaie
marquées du pentagramme voir plus loin.
L'ouvrage le plus critique et systématique dans ce domaine est le livre de
Walter BURKERT "Weisheit und Wissenshcaft : Studien zu Pythagoras,
Philolaos und Platon ". Edition Hans Carl, Nurnberg, 1962. Il fut
traduit par Edwin L. MINAR et publié en 1972 (avec des révisions), Harvard
University Press, Cambridge, sous le titre: "Lore and Science in Ancient
Pythagoreanism". 535 pages.
Tant Jamblique (VP,90-93) que Porphyre (VP,28-29) racontent avec force
détails la rencontre de Pythagore avec Abaris, l'envoyé hyperboréen qui
voyageait sur une flèche d or.
A titre de simple et bref rappel signalons quelques dates. Les
pythagoriciens Cicéron, Virgile, Ovide ont vécu au ler siècle avant notre ère.
Nicomaque de Gerasa a vécu en même temps qu'Apulée, au Ier siècle de notre ère.
Clément d’Alexandrie et Origène, Pères de l’Eglise qui ont attaqué les
traditions grecques tout en en reconnaissant certains aspects positifs,
vivaient aux environs de 200 après J-C.. Plus récent Plotin et son disciple
Porphyre furent des pythagoriciens du IIIè siècle, Jamblique et l’empereur
Julien ont vécu au IVè et Proclus au Vè.
Cyrille d Alexandrie, " Contre Julien"; I,42-43. Clément
d’Alexandrie, "Exhortation aux Grecs"; VI (Loeb Classical, ,p.162).
La première grande destruction des livres néoplatoniciens par les Chrétiens fut
faite en 330. C’est en 392 que l’autorité à la fois temporelle et religieuse
chrétienne a interdit tout culte païen, en privé et chez soi. C'est l'époque où
les disciples de Cyrille d’Alexandrie ont lynché avec cruauté la pythagoricienne
Hypathie, simplement à cause de son enseignement. En 530, furent fermées toutes
les écoles de philosophie d'Athènes. D'où l’émigration temporaire du
pythagorisme au Proche-0rient, surtout dans les écoles soufi, pour ne revenir
chez nous que vers le XIIè siècle.
Ce fut le cas Jusqu'au XVIIIè siècle. Le livre tellement fouillé écrit par
l’Abbé J. J. Barthélemy : " Le voyage d Anacharsis ",
qui a demandé à l'auteur plus de trente années de travail, donne du
pythagorisme une image aussi fidèle que possible, mais tout ce qui paraissait
inacceptable pour les esprits du siècle dit des lumières était rejeté comme
légende (comme la réincarnation).
Hérodote et Ion de Chios, par exemple. Cette similitude entre l’orphisme et
le pythagorisme sont rappelées par A. Delatte et par W. Purkert.
Il ne semble pas que les " communautés " de vie
pythagoriciennes aient survécu en tant que telles après le Vè siècle, mats cela
n’empêchait le pythagorisme d’être bien vivant sous forme d’enseignement
ésotérique en groupes spécifiques. En Italie, le pythagorisme prit vraiment vie
vers le 1er siècle avant
Il y a tout lieu d’accorder foi à la tradition exprimée par de nombreux
auteurs anciens qui font mention de l’appartenance de Platon à la tradition
pythagoricienne, tout au moins au savoir pythagoricien (si l’on n’accepte que
le récit de l’achat par Platon des manuscrits et textes issus de l’école
pythagoricienne).
Telle est également l’opinion de BURKERT (op.cit.; pp. 28 et 30).
Dans le livre " Les Présocratiques " paru aux éditions
de la Pléiade en 1988, on trouve les différents extraits des pythagoriciens, y
comprenant les pythagoriciens anonymes. Ce livre est nettement plus complet que
le Voilquin qui était, précédemment, le livre de référence pour les présocratiques.
JAMBLIQUE n’est accessible en traduction qu’en langue allemande faite par
Michael von Albrech (" Pythagoras Legende - Lehre -
Lebensgestaltungen ") (édit. Deubnr). J’ai eu toutefois le plaisir de
proposer et de superviser la traduction française faite à partir de ce texte
allemand par une étudiant Roseline Chafwehe Université de Mons-Hainaut; Ecole
d’interprètes internationaux. 1986) et j’espère qu’un publication pourra être
entreprise. PORPHYRE est accessible en français dans la collection Budé " Vie
de Pythagore. Lettre à Marcella ") (traduction par Edouard des
Places. 1982). DIOGENE LAERCE est accessible dans la collection Loeb Classical
(texte et traduction en langue anglaise).
Citons Pompelus Trogus (ler siècle avant), Apollonius de Tyane (ler siècle
après) et Justin (IIè)
Il cite Pythagore comme ayant avancé le concept de métempsycose.
Vivant à la fin du Viè siècle, il était souvent irrité par le savoir
encyclopédique (" polymathie ") de Pythagore, son aîné de
quelque cinquante ans.
Il mentionnait le voyage en Égypte .
Diodore a utilisé Timée pour son écrit sur Pythagore.
Il a cité Pythagore comme un " grand Sage " et comme
porteur de la tradition orphique.
Cet auteur a parlé de plusieurs concepts pythagoriciens concernant la
nourriture et ses interdits, la valeur des Nombres dans le Kosmos et la
réincarnation. Il a également cité Pythagore comme ayant forgé le nom de
" philosophe ".
Il s’agit d’un pythagoricien célèbre par ses traités sur les mathématiques.
Lui aussi parle de Pythagore comme le porteur de la tradition orphique. Il
dit que le Philosophe avait écrit des textes en vers.
Signalons d’emblée que la légende qui a voulu que ce soit Pythagore qui a
créé cette monnaie est vraisemblablement fausse. Les premières pièces
proviennent de Sybaris (où Pythagore n’a jamais été) et ont été faites quelque
20 ans avant l’arrivée possible du Philosophe à Crotone.
Signalons que les Pythagoriciens n’ont jamais utilisés l’hexagramme comme
symbole spécifique.
Le meilleur ouvrage nous semble le livre écrit par C.J. DE VOGEL :
" Pythagoras and early pythagoerism ", publié par Van
Gorcum, à Assen, en 1966. Il est hélas épuisé et ne se trouve que dans les
bibliothèques.
Jamblique; VP, 4-5. Porphyre VP, l,10. Diogène Laërce; VP, 1.
On a parfois dit que Mnesarchos était joaillier.
Notons que Pythagore a été sans doute le premier Grec à apprendre la langue
hiéroglyphique égyptienne. L’importance qu’il a accordé aux langues, sans qu’il
y ait l’exclusive du grec, trouve peut-être son origine dans ce bilinguisme
initial. Sa mère était une Samienne et parlait donc le grec ionien.
N’oublions pas la règle des 5 années de silence des futurs disciples, ni
l’existence de la Basilique pythagoricienne souterraine créée à Rome au premier
siècle après J.-C.
Pour Jamblique (VP, 5), la mère de Pythagore était déjà enceinte. Étant
donné les découvertes acutelles sur la vie prénatale (influences des émotions
et des paroles et chants de la mère sur la vie foetale), ces aspects ne sont
pas inutiles à signaler.
Créophyle, Phérécyde de Syros (lui aussi d’origine phénicienne. Il a
sûrement été l’initiateur de la réincarnation : i1 croyait que Pythagore était
la réincarnation d’Aithalides. D’où l’importance accordé à la mémoire, - tout
au moins celle des incarnations antérieures. Sans doute a-t-il aussi joué un
rôle dan la conception pythagoricienne du Ciel, créateur de forme, en relation
avec la Terre totalement informelle grâce au " temps "),
Thalès de Millet (qui lui aurait vivement conseillé d’aller en Egypte, et pour
qui l’univers entier était animé. La vision mystique du monde était ainsi
confirmée chez le jeune adolescent qui était venu écouter son enseignement),
Anaximandre (dont l’approche très géométrique, comme chez son propre maître
Thalès, avait sûrement marqué Pythagore, bien que la conception de l’univers
chez Anaximandre soit totalement désanimée. Anaximandre fut sans doute le
premier à transmettre l’astrologie chaldéenne et était centré sur l’étude de la
géométrie). (Jamblique; VP, 9-ll). Également Hermodamas (pour la poésie et la
musique), les maîtres Chaldéens (Porphyre; VP, 1)...
A-t-il été prisonnier de Cambyse? Ou simplement déplacé lors de la conquête
de l’Egypte?
Porphyre; VP,6,12.
Cette difficulté n’aurait pas duré et le renom du Maître se répandait partout
(Jamblique; VP, 21,28)
On ne peut s’empêcher de songer à la langue égyptienne dont il connaissait
les trois aspects, dont le symbolique.
Elle avait été battue par la petite ville de Locres. Notons que lors du
séjour de Pythagore à Crotone, Sybaris fera la guerre à cette ville et cette
fois, grâce à la modification des moeurs amenée par l’école pythagoricienne, et
au pythagoricien Millon, le fameux athlète dont la force colossale terrorisait
les ennemis, Crotone gagnera.
On parlait même de 2000 akousmatiques et de 600 membres ésotériques.
On ne sait pas si l’incidence politique a été tellement importante dans la
persécution des pythagoriciens. C’est surtout Apollonius qui parle d’un complot
que Kylon aurait créé en utilisant un soi-disant discours de Pythagore,
discours qui était un faux. Les autres auteurs en font une vengeance
personnelle d’un homme riche, puissant et colérique, qui avait été refusé par
Pythagore.
Porphyre; VP, 57.
Cicéron fit le voyage à Métaponte pour pouvoir se recueillir en face du
siège où Pythagore mourut.
Par exemple concernant le secret terrifiant de la racine de 2, nombre qui
n’était ni pair ni impair et semblait donc mettre tout l’enseignement
pythagoricien en péril.
On ne peut pas dire que les persécutions se soient disant spécialement
contre le pythagorisme. Il y a, dans la Bibliothèque Sixtine du Vatican, une
fresque qui montre Pythagore parmi les plus grands prophètes de l’Antiquité,
juste à coté da Moïse et de Noé et au même titre qu’eux (La devise indiquée
sous ce " portrait " en pied est : " celui qui
enseigna la lettre Y ", mention qui confirme que le peintre faisait
partie de la tradition pythagoricienne assez florissante en Italie à l’époque).
Il n’est pas le seul à avoir cette caractéristique. Quel pays pourrait être
gouverné par la seule mouvance enseignée par les textes taoïstes ? Quelle
culture pourrait imposer un type de pensée " zen " à tous
les citoyens? Mais certains de ses aspects, comme d’ailleurs ce fut le cas pour
des akousmatlques modérés, peuvent sans difficulté être adoptés comme règles de
pensée et de conduite pour tous.